Château d'eau

Bel Air - Grands-Pêchers,
quatre années de rénovation urbaine

Un webdocumentaire d'Abdelatif Belhaj.

Château d’eau vous immerge dans un quartier en pleine métamorphose : le Bel Air à Montreuil-sous-Bois en Seine-Saint-Denis (93). Les quatre années de tournage, entre 2012 et 2015, sont une incursion dans un vaste chantier de rénovation urbaine qui s'est emparé du territoire dès 2003. Suivez le fil de cette enquête documentaire et artistique en 6 chapitres qui interrogent les utopies et les croyances au coeur des transformations actuelles de la ville.

Château d'eau

Bel Air - Grands-Pêchers,
quatre années de rénovation urbaine

Barre Messager

▶ 15'20


Scier un immeuble en deux n'est pas banal, surtout lorsque les ruines emportent avec elles les souvenirs imperceptibles des vies passées dans ces lieux.


Compléments

  • Une rue contre la peur
    ▶ 1'37

    Historiquement, le quartier Bel Air - Grands-Pêchers était aussi un territoire de murs-à-pêches. L'immense "Barre Messager" avait créé une muraille infranchissable entre le quartier et les vestiges des murs-à-pêches actuels. L'espoir est grand que cette nouvelle rue crée une porosité entre les espaces et les populations qui les occupent.
    Paroles : Antoine Soulier-Thomazeau, Chef de projet PRUS de Montreuil

Centre commercial

▶ 16'53


Il s'agit de faire place nette pour les nouveaux habitants. Le Franprix est démonté et les gestes souples des ouvriers au travail tracent les premières esquisses de cette autre histoire à venir.


Compléments

  • Le retour de la place du village
    ▶ 3'14

Château d'eau

▶ 15'53


Le château d'eau domine tout le quartier, sa tête démesurée posée sur des pilotis de béton. Du haut de sa majestueuse inutilité, il déclenche fantasmes et controverses. Cette fascination s'empare aussi de l'artiste Claude Lévêque qui en fera le support de son oeuvre lumineuse Modern Dance.


Compléments

  • La concertation : être inventif ou mourir
    ▶ 3'05

    Les réunions sont les sépultures de la consultation. Il s'agit de démultiplier les modalités de cette concertation, aussi bien dans sa forme que dans ses objectifs.
    Paroles : Gwenaëlle d’Aboville, urbaniste chez Ville Ouverte, prestataire AMO PSL

  • Une place centrale dessinée à l'avance
    ▶ 1'48

    Les grands panneaux d'information ont suscité un sentiment de mascarade. Les dés étaient pipés d'avance, les habitants n'avaient pas leur mot à dire.
    Paroles : Jean Claude Pallard, habitant et membre du Comité des fêtes

  • Les échelles de la participation
    ▶ 1'34

    Information, consultation, concertation, quo-élaboration, quo-décision... : l'importance des mots pour traduire une variété d'implication des habitants.
    Paroles : Gwenaëlle d’Aboville, urbaniste chez Ville Ouverte, prestataire AMO PSL

  • La concertation, une injonction à la citoyenneté
    ▶ 2'43

    Les projets de rénovation urbaine dans les quartiers populaires sont particulièrement soumis à cette obligation de concertation. Y aurait-il un message caché à l'intention des populations de ces quartiers ? Quels rôles cherche-t-on à faire jouer aux différents acteurs de la rénovation ?
    Paroles : Antoine Soulier-Thomazeau, Chef de projet PRUS de Montreuil

Marre Bris

▶ 16'56


Dans son écrin de verdure, la marre Bris garde ses secrets. Jusqu'au jour où les grilles tombent et où les élagueurs viennent troubler sa surface paisible.


Square Beethoven

▶ 19'02


Ce square Beethoven fait "avec et pour les habitants", cette fois-ci, ces derniers veulent y croire. Personne ne leur coupera la parole. L'avenir de cet îlot de terre libre sauvé de la voracité du béton et des constructions alentours leur appartient.


Compléments

  • Le porte-à-porte entre voisin.e.s
    ▶ 3'41

    Pour définir ce que les gens désirent faire du square Beethoven, certains habitants se mobilisent pour établir un questionnaire qui sera soumis à plus de 300 habitants proches du fameux square. L'originalité réside dans le fait que ce sont des habitants eux-mêmes, rémunérés pour le faire, qui passeront de porte en porte.
    Paroles : Jean Claude Pallard, habitant et membre du Comité des fêtes

  • Du plan libre aux îlots, un changement des imaginaires
    ▶ 8'53

    Le plan libre, principe de composition urbaine des grands ensembles d'après guerre, organisait l'implantation de bâtiments sur de vastes espaces sans rapport direct avec la rue. Aujourd'hui synonyme d'urbanité pathogène, il est abandonné au profit d'un îlotage strict qui normalise les usages. Au risque de se sentir enfermé dans des cases puisque quelque soit l'endroit où l'on se trouve, notre place semble avoir été pensée au préalable.
    Paroles : Gwenaëlle d’Aboville, urbaniste chez Ville Ouverte, prestataire AMO PSL

Centre social

▶ 20'42


Les habitants espèrent depuis longtemps avoir un lieu pour se réunir. L'arrivée annoncée de la Maison du Grand Air réalisera-t-elle enfin ce rêve ?


Château d'eau

Bel Air - Grands-Pêchers,
quatre années de rénovation urbaine

Imaginez un quartier où vous n’êtes plus très sûr.e de votre chemin, celui-là même que vous empruntez pourtant quotidiennement. L’horizon est instable, les barrières sont démontées, des trous béants vomissent des flots d’eaux et de terres boueuses là où régnait le béton imperturbable. Cette ville, mise à nue et désossée, fascine. Très vite, la planification réapparait. Les arbres récalcitrants seront coupés. Les barrières redisposées, différemment mais non moins nombreuses. D’abord par jeu, puis avec l’urgence des gardiens d’une histoire en train de disparaitre, nous écrivons des performances dans les interstices de cette ville bouleversée. Ces "oeuvres" éphémères sont à la fois des rituels qui rendent hommage à la métamorphose et des archives de ces espaces bientôt évanouis. Les performeurs sont pour la plupart des habitants du Bel Air, artistes rencontrés ou cherchés là. A leur manière, ils ont été nos premiers guides pour écrire ce webdocumentaire. Nous restituons ici leurs performances intégrales, que vous retrouverez dans les films de Château d’eau.

  • Laurence ▶ 4'03

    Improvisation au marimba
    Terrain de l’ancienne galerie commerciale
    Rue Lenain de Tillemont

    J’ai rencontré Laurence lors des portes ouvertes de nos ateliers en octobre 2012. Elle s’était installée sous l’escalier extérieur avec son immense marimba afin d’avoir une meilleure accoustique et d’être protégée de la pluie. Elle interprétait une pièce d’un compositeur contemporain. Sa silhouette menue dansait littéralement autour de l’instrument pour en sortir toute une gamme de sons enivrants. Elle a donc été la première artiste invitée à expérimenter ma proposition : une performance menée sur un terrain laissé vacant entre une destruction et une reconstruction. Je convie l’artiste à ressentir l’espace vide et à l’habiter le temps d’une traversée. Le terrain en question est celui d’une ancienne galerie commerciale avec pour seul rescapé un magasin Franprix. Celui-ci n’a pas tardé à être transféré ailleurs et l’ensemble des bâtiments détruits. Dans quelques mois, une nouvelle galerie commerciale et des résidences sortiront de terre. Entre l’hiver 2012 et juillet 2013, la terre est libre.

    Le terrain est d’abord plane et nous nous installons sous un arbre. Mais bientôt le terrain est creusé pour les fondations et l’eau rejaillit à la surface, créant un décor lunaire. Laurence habite le quartier, elle accepte un 2eme tournage en juillet.

    Petite leçon pour transporter un marimba :
    — être très fort, patient, ingénieux et éviter les habitations avec escalier

  • Akiko ▶ 8'18

    Installation, chant
    Terrain des anciens Duplex
    Rue Yélimane
    « Goron, goron, goron ». Céramique (grès), technique : colombin

    L’histoire des Gorons a commencé en 2002 au Japon. Akiko disperse dans tout un jardin, puis dans le parc d’Ibalagi, des céramiques blanches et rondes de grandes tailles. Très simples, ces Gorons intriguent et stimulent l’imaginaire des gens qui sont amenés à s’en approcher et à se relier ainsi à la nature. Transportés d’une exposition à l’autre, les Gorons prennent vie et deviennent des petites créatures sensibles à leur environnement. Ils deviennent des compagnons de voyage de l’artiste qui les met en scène dans divers contextes tout au long de son parcours. Arrivée en France, Akiko présente une dernière version des Gorons pour une exposition à la Cité des Arts à Paris en 2007. Ces Gorons sont de taille différente et certains sont très imposants.

    En 2013, Akiko aménage dans les Ateliers d’artistes du Bel Air. Ce déplacement est un profond changement pour elle qui perçoit cette période comme un temps de réflexion et de retour sur ses recherches artistiques depuis son départ du Japon. Quand je lui parle de la performance, elle m’exprime le lien qu’elle retrouve entre son histoire présente et celle de ces terrains en friche, à la fois au repos et dans un processus de métamorphose. Je lui propose de refaire vivre ses Gorons et d’habiter le terrain en les disposant dans l’espace. Elle chante une berceuse pour les enfants « Kagomé Kagomé » (« Tourne, tourne »)

    Petite annotation sur les Gorons :
    — Lorsque l’on dépose ou déplace un goron sur le gravier, la céramique résonne et produit un son mystérieux très doux.

  • Meclès ▶ 5'16

    Danse tzigane
    Terrain de l’ancien n°22 impasse Messager

    J’ai vu Meclès danser pour la première fois en 2011 lors d’un concert de la fanfare Ciocarlia, venus de l’Est de la Roumanie. Le retrouver a nécessité une petite enquête avant de découvrir qu’il vivait à deux pas de mon atelier, dans le camp de Roms de la rue Pierre de Montreuil. Le camp est à la lisière du Bel Air, dans le périmètre déjà appelé « Signac – Murs à Pêche ». Les « Murs à pêches », une succession de parcelles agricoles imbriquées dans le tissus urbain, semblaient à des kilomètres du Bel Air. Une barre d’environ 250 mètres de long avec un coude à 90 degrés pour 6 autres rangées de fenêtres, s’élevait comme une muraille entre les deux territoires. Deux percées au numéro 12 et au numéro 22 ont séparé l’édifice en 3 îlots. Deux nouvelles rues sont en préparation.

    Meclès a 18 ans. La danse qu’il pratique, dite selon lui « danse tzigane », est un savant mélange de claquement de doigts et de mains, de mouvement de jambes saccadés et de frappés de pieds sur des rythmes complexes. Le n°22 était le plus proche du camp Rom, c’est pour cela que je l’y ai invité. Des musiques, Meclès en avait une quantité. Tout l’enjeu était d’imaginer où brancher l’installation qu’il apporterait – un lecteur cd et deux enceintes. L’aide complice d’un voisin nous fournit rallonge et point de branchement. La terre meuble du sol absorbait les pas. Une longue planche de chantier devint donc notre parquet de danse.

    Au moment où nous prenons possession du terrain, l’ouverture est toute récente. Les arbres de part en part se regardent étonnés.

    — PERCER v. tr. Traverser en faisant un trou, une ouverture. Percer une planche, un morceau de bois. Percer un mur. Percer un isthme, une montagne. Percer une forêt. Percer de part en part. Percer d’outre en outre. Percer à jour. Son intention perce à travers son silence La vérité perce tôt ou tard. Le jour perce à travers les rideaux. (extrait – dictionnaire de l’académie française)

  • Hélène ▶ 5'17

    Lecture et marche
    Texte : Le crapaud de la mare à Pinard
    Futur terrain de la Maison de Quartier – rue du Bel Air

    Il était entouré de petites barrières en métal vertes, mais certains pans manquaient, ce qui nous permettait de le traverser facilement. On y comptait 3 arbres – des cerisiers décoratifs –, 2 saules pleureurs et un bosquet épais. En octobre 2012, il avait déjà commencé sa métamorphose. D’étranges tracés ont dessiné sur le sol une scénographie minimaliste, donnant à la parcelle un air de reconstitution de scène de crime. Sur des ballons gonflés à l’hélium, on pouvait lire « cuisine pédagogique », « couloir », « salle polyvalente », « bureau ». Après cela, la parcelle semblait garder en transparence le bâtiment futur en attente d’être construit.

    C’est en catastrophe que j’ai appelé Hélène un matin. Ça y est, ils coupent les arbres ! Nous ne pourront bientôt plus accéder au terrain ! Ni une ni deux, Hélène, habitant à quelques rues de là, arrive avec son grand manteau sombre et son chapeau de corsaire.

    Hélène dirige la compagnie de théâtre l’Arbre Sec. Elle écrit aussi des textes et son style littéraire colle à l’époque qu’elle choisit d’explorer. Elle puise dans le réel les ingrédients de ses fictions. Dans « Le crapaud de la mare à Pinard », il est question du château de Tillemont, du coteau des Beaumonts, d’un après-midi de 1668, d’une bonne tripaille qui se prépare et de crapauds magiques. Il y est aussi question de souhait, d’identité et de transformation. On n’entendra que les premières lignes. L’histoire se continue en silence, dans l’intimité des arbres coupés.

  • Robin ▶ 8'57

    Hula hoop et équilibres
    Château d’eau – futur emplacement de la place publique
    Croisement de la rue du Bel Air et de la rue Lenain de Tillemont

    C’est un château d’eau. C’est du moins le nom qu’on lui donne ici, bien qu’il soit assez éloigné d’une quelconque magnificence princière et qu’il ne contient pas d’eau. Le long de l’escalier central qui serpente jusqu’au sommet, les pas font crisser les os séchés des pigeons morts et les semelles s’enfoncent dans les strates accumulées de fiantes. En haut pourtant, tout bascule. Une petite porte blanche ouvre sur un dôme herbu balayé par le vent. Circulaire, cette petite colline ressemble à un astre échevelé flottant entre ciel et terre. De là-haut, le regard à 360° s’ouvre sur l’horizon trouble de l’urbanité irrégulière. On est alors saisi par l’ivresse de l’alpiniste sur sa montagne ou du visiteur clandestin dans un palais abandonné.

    Lorsqu’il est construit en 1936, il surplombait les parcelles de cultures fruitières qui s’étalaient sur l’ensemble du plateau des Malassis. L’enquête ne dit pas qui l’a construit, ni s’il arrivait à lancer suffisamment de pression dans toutes les arrivées d’eau des habitations qui ont progressivement remplacé les terres agricoles. Il semble juste évident aujourd’hui que la concentration des immeubles rend dérisoire ce réservoir d’eau surélevé. Mais alors, à quoi peut-il bien servir ?
    En 2003, ils ont dit « on le ferme ! »
    En 2003, d’autres ont dit « on vous le reprend pour 1€ » et ils ont ajouté « c’est entendu on le détruit »
    En 2008, d’autres s’insurgent « pas question de le détruire, il est notre pile thermique du futur »
    En 2010, d’autres rectifient « c’est un peu compliqué cette pile, on réfléchit »

    Et à partir de là, une chorale de voix se fait entendre.
    « On veut un restaurant
    Au secour, quelle laideur, rasez-le !
    Pour venir chez moi, c’est au château d’eau à droite
    Vous préférez du minéral ou du végétal ?
    Tout est choisi à l’avance
    Il y a des pistes
    On ne vient pas avec un dessin figé
    C’est un peu la campagne
    On entend le coq
    On pourrait mettre des oies
    Mais si on met des oies, il y a des gens, ce serait problématique
    Il y a aussi des lapins, mais c’est une autre histoire
    Comment imaginer donner du sens à ce lieu ?
    On pourra faire des barbecues sur cette place publique ?
    C’est une belle piste de danse !
    Quand on éclaire quelque chose, ce qui est important est ce qui est à côté »

    En attendant la place publique, les bancs, les bosquets et le château d’eau en œuvre d’art, je négocie les clefs et je m’infiltre dans ce qui est devenu mon paradis éphémère. Ici, tout tourne, l’énergie entre les pieds de béton, les ombres au fil de la journée, les escaliers en colimaçons, l’écho des voix qui dialoguent, la vue panoramique et le vent au sommet. Robin n’habite pas ici. Il travaille dans un cirque. Il vit sur les routes. Il n’a pas peur du vide. C’est un virtuose du hula hoop. Ses cerceaux narguent notre sérieux et nos polémiques. Dans tous ces bruits de machines, il réinvente la gravité, renverse nos certitudes et rend hommage à notre liberté d’imaginer.

  • Les Mamas Benz ▶ 3'12

    Balançoires anonymes
    Arbres du square Beethoven
    Futur emplacement de nouveaux logements privés et d’un square rénové

    On a du mal à se souvenir de l’ancien square Beethoven, entouré de duplex aux petits jardins verdoyants. A la place, un terrain vague transformé en parking et cette langue de terre laissée libre entourée d’immenses platanes. Au sol, un mystérieux cercle de terre et un rectangle de béton lisse. Des feuilles mortes car c’est l’automne et un petit chemin qui longe l’immeuble de " 9 étages ". Ici et là, des poubelles se sont nichées entre les sacs de gravas laissés par les chantiers. Il n’est pas nécessaire d’attendre le revêtement en granule de caoutchouc aggloméré ni les toboggans rouges et verts. Il n’est pas non plus essentiel de faire une réunion. Cet endroit a quelque chose de magique et il serait bien stupide de le laisser à l’abandon.

    Un jour, j’ai reçu un message. Il était question d’une intervention nocturne et anonyme. Les Mama Benz tenaient à garder leurs visages dissimulés, mais l’aventure devait faire partie de « Château d’eau ». Trop curieux, j’ai mordu à l’hameçon.

    Une nuit, armées d’échelles et de cordes, leurs voix étouffées par cagoules et turbans, les Mama Benz accrochent leurs créations dans les arbres. Avec la lumière de ma caméra, je perçois surtout des ombres et parfois l’éclat de la corde en nylon orange. Les Mama Benz empilent aussi des palettes dans un coin et disposent un banc déjà construit à côté du cercle. Dans la nuit des voix s’élèvent. Probablement insomniacs, des voisins nous regardent curieux. « Ce bac à sable-là, ça fait 10 ans qu’il est desséché ». Une femme avec son chien s’inquiète des lapins : « il faudrait dire au gouvernement de faire des cages à lapins ».

    Le lendemain, de magnifiques balançoires s’agitent nonchalamment dans le vent. Normalement désert, le terrain est pris d'assaut par des enfants et des adolescents rigolards et émerveillés. Le temps est clair, parfait pour un barbecue. C’est en tout cas l’idée qui flotte dans l’air et les jeunes prennent les choses en main. Ils ramènent le barbecue, d’autres des merguez et du pain. Un sac de friandises est lancé du 7eme étage par une vieille femme à l’attention des enfants. Sabrina ramène thé et café. A côté des palettes, scies, visses et marteaux sont apparus. Un atelier de construction se met en place. Progressivement naissent un autre banc et une table. Il n’y pas de pancarte indiquant l’âge requis pour utiliser les nouvelles constructions. Des grappes de jeunes et moins jeunes accrochées à chacune des cordes des balançoires tanguent sous l’oeil amusés de parents. Des concours de sauts s’organisent. Le dimanche soir nous surprend tous. Le temps semblait s’être arrêté cette après-midi là.

  • Nianima ▶ 3'15

    Danse New style
    Square Beethoven – futur emplacement de 74 nouveaux logements et d’un square rénové

    Nianima est silencieuse. Son langage est celui du corps. Je l’ai rencontrée pour la première fois en 2011. Sa chorégraphie endiablée, si singulière, irradiait. Il y avait quelque chose qui m’échappait dans la façon dont elle ondulait au rythme d’un Hip-Hop rendu indistinct par des enceintes poussées à bloc. Deux ans plus tard, alors que j’arrive enfin à la retrouver après un jeu de piste de plusieurs mois, elle m’explique que sa danse est le « New style ». Son nom vient de la contraction du « New York style ». C’est un style hétéroclite où chacun peut s’exprimer à sa façon, mélangeant pop, lock, break, danse africaine, krump ou tout autre mouvement de son inspiration. S’il faut absolument maîtriser les techniques de base du Hip-Hop, il s’agit d’y apporter sa touche personnelle et Nianima s’y entend.

    Enfant, Nianima découvre pour la première fois la danse de Demba Sissoko à l’occasion de la fête du parc Montreau. Elle est absolument fascinée et elle le rejoint au C.L.E.C, la salle de danse située au cœur de la cité des Grands-Pêchers où Demba enseigne. « Les anciens », comme elle les appelle, lui ont transmis leur passion. A 13 ans, avec d’autres danseurs de son âge, elle rejoint le groupe From the Hood. Aujourd’hui, Nianima a 18 ans et se concentre sur ses études. En même temps, elle rêve de retrouver une nouvelle compagnie.

    Nianima n’a peur de rien. Venir répéter dans l’Atelier A11 sous l’oeil de ma caméra, conseiller le compositeur Xavier Collet chargé de lui créer une musique sur mesure et finalement prendre place sous les arbres du square Beethoven pour danser sous les fenêtres des habitants du Bel Air, pas un froncement de sourcils. Le square Beethoven n’a ni barrières, ni zones délimitées entre les traditionnels jeux pour enfants, bancs, allées, carrés de gazon. Il s’étend d’un bout à l’autre de la rue Yélimané et borde une longue barre d’immeuble mangée par les arbres. Un des rares espaces encore en suspend dans ce plan d’occupation des sols réglé au millimètre. Sur un rectangle de béton plane, que nous balayons pour l’occasion, Nianima exulte. La musique s’élève des enceintes branchées chez un voisin du rez-de-chaussé et posées dans l’herbe. Les frères et sœurs de Nianima viendront aussi, ajouter leur grâce à cette chorégraphie improvisée.

  • Marie-reine et Géro ▶ 5'54

    Chant gospel et saxophone ténor
    La mare – futur emplacement de la place centrale du château d’eau

    Swing low, sweet chariot – Balance toi doucement, doux chariot -. Une voix ample s’élève au-dessus des arbres. Marie-Reine chante un chant négro-spirituel qui vient des Etats-Unis. Autour d’elle, la végétation se désintègre en une masse verte envoutante. Son claquement de doigts lance un swing ; au loin, de l’autre côté de l’eau, la réponse d’un saxophone.

    À une autre époque, en hiver, des dizaines d’ouvriers glissaient sur la mare gelée, chaussés de leurs patins à glace. Ils venaient aussi y pic-niquer les jours de soleil. Cette mare de refroidissement de plomb appartenait à la « grosse forge » Bris et Thomasset. Créée en 1927 sur une partie du domaine Lenain de Tillemont, elle emploie jusqu’à 70 ouvriers avant sa fermeture en 1984. Elle se spécialise dans la marine marchande et la marine de guerre. La journée, des camions rentraient et sortaient avec des pièces d’armement et du matériel militaire. Lucienne les voyait passer sous sa fenêtre et pouvait distinguer leurs chargements. Elle rajoute fièrement : « C’est ici aussi qu’a été construite l’antenne de transmission du célèbre navire Le France », le plus gros paquebot du monde qui relira l’Europe au nouveau monde à partir de 1962. Lorsque la cuve à mazout de l’usine explose dans les années 70, Lucienne se souvient que toutes les vitres de son logement et des immeubles voisins avaient volé en éclat.

    La mare ressemble à un bassin en pierre abandonné, encerclé de grilles et mangé par la végétation. Figée dans son histoire, oubliée des hommes, elle est devenue le royaume des oiseaux. C’est un véritable concert qui berce les habitants des "9 étages". Y pénétrer est comme s’introduire dans un monde magique, hors du temps et hors de la ville. Depuis quelques temps, on connait le sort qui lui est promis : retour à l’espace public, à l’exception d’un petit espace sanctuarisé pour la biodiversité et réservé aux projets pédagogiques. L’émotion s’attache surtout aux arbres.

    Pourquoi couper autant d’arbres ?
    Ils sont malades
    Nous allons en planter plus !
    Mais de quoi sont-ils malades ?
    Sont-ils tous malades ?
    Ouvrir cet endroit s’est lui réserver un sort de poubelle
    Ils vous gênent, vous les coupez et vous les remplacez par une espèce qui vous gêne moins
    Ah mais ça va trainer par ici
    Il paraît qu’on pourra y pêcher !
    Avec des lumières tamisées multicolores,
    C’est fini, c’est fini, les oiseaux
    Et on pourra faire des barbecues ?

    Marie-Reine est chanteuse lyrique. Elle habite au Bel Air et vient chanter plusieurs fois dans mon atelier. La voix de Marie-Reine est d’une telle puissance que mon corps résonne encore après qu’elle s’est tue. Géro joue du saxophone ténor, du funk jazz. Ce thème universel Swing low, sweet chariot, repris par de nombreux musiciens, sera le lieu de leur rencontre musicale. Entre les arbres, leurs chants s’alternent et tissent un dialogue sensuel inattendu.

    – Petit réservoir de mots pour le futur de la mare :

    promenade
    platelage bois
    filtre à roseaux
    zone plantée
    banc
    trottoir
    grands pontons
    zone refuge
    belvédère
    petit ponton un peu à l’écart
    vue miroir d’eau
    banquette plantée et garde corps
    vis d’Archimède
    éolienne de pompage
    banquette plantée épuratrice
    arbre remarquable
    tunage et transat

Château d'eau

Bel Air - Grands-Pêchers,
quatre années de rénovation urbaine

Chatodozine

Dans les coulisses du web documentaire : un journal écrit par des jeunes de Montreuil, âgés de 16 à 20 ans. Avec le dessin, la photographie, la vidéo et le son, les auteurs livrent des récits intimes sur ce qui, dans leur quotidien, les brûlent, les révoltent ou au contraire les inspirent dans leur vie.

www.chatodozine.net

Château d'eau

Bel Air - Grands-Pêchers,
quatre années de rénovation urbaine

QU'EST CE QUE C'EST ?

Château d'eau est une expérience documentaire pour le web.
Six vidéos documentaires sont accessibles par l'intermédiaire de six phénakistiscopes animés. Le résultat est un film aléatoire qui vous emmène dans les plis de quatre années de rénovations urbaines du quartier Bel Air - Grands-Pêchers à Montreuil-sous-Bois. Le phénakistiscope est à l'origine un jouet optique donnant l'illusion du mouvement attribué à la persistance rétinienne. Ici, chacun des phénakistiscope insuffle un message à l'internaute et lui donne une première clef pour rentrer dans le film. Il opère aussi comme un pictogramme animé de la séquence filmée. Par son mouvement circulaire et sa cohabitation avec 5 autres disques sur la page d'accueil, il interroge les mécanismes de la construction de la ville et renvoient à l'incessante répétition des questions que cette dernière pose.

MOT DES AUTEUR.E.S

Château d’eau est une plongé dans quatre années de chantiers gigantesques (2012-2015) qui vont changer en profondeur le visage du quartier Bel Air – Grands-Pêchers, un quartier dans les hauteurs de Montreuil. Hier stigmatisé et craint, il semble devenir la promesse de la ville de demain, innovante et belle. « Un quartier pour et par ses habitants » pourrait-on résumer. Pourtant, les habitants, eux, s’interrogent sur leur rôle. Comment peuvent-ils contribuer au devenir de ce territoire, dont les panneaux d’information et publicitaires étalent les perspectives ?

A notre arrivée en 2011 dans les ateliers d’artistes nouvellement construits par la ville, c’est une question que nous avons eu envie de partager avec les habitants du Bel Air – Grands-Pêchers. Sommes-nous les figurants dociles d’un scénario écrit par d’autres ou avons-nous les moyens d’y prendre part ?

Château d’eau réunit artistes performeurs et habitants dans une aventure qui confrontent les expériences, les points de vue et les croyances de chacun sur la ville, sur le fait d’habiter un endroit et d’y être un citoyen engagé. Pendant quatre ans nous les sollicitons sans relâche : ils nous racontent, ils nous livrent leurs photos, ils sont les acteurs de nos performances, ils nous donnent accès à nos lieux de tournage, ils nous tolèrent dans leurs débats, ils nous invitent ou nous évitent. Château d'eau leur rend ainsi hommage avec ses six récits ancrés dans les espaces emblématiques de ces rencontres et de ces expériences partagées : une rue, une place, un parc, une galerie commerciale, un terrain non-identifié... Dans Château d'eau, vous êtes toujours dehors et exposés aux intempéries.

Château d’eau suit aussi le fil d’une intrigue qui invente son propre cheminement dans le temps et dans l’espace et éveille au plaisir de créer ensemble par-delà nos méconnaissances réciproques. Cette intrigue prend comme point de départ le château d’eau, le vrai, avec sa tête démesurée et son corps ridicule. Construit dans les années 30, il fait figure de vestige archéologique. Il sera l’édifice central d’une nouvelle place publique. Il est notre poste d’observation privilégié et en quelque sorte notre totem.

FONCTIONNEMENT DE CHÂTEAU D'EAU

Une fois passé l'introduction, choisissez un phénakisticope de manière aléatoire et découvrez le film d'une longueur allant de 15 à 21 minutes. Vous devrez à chaque fois repasser par les 6 phénakistiscopes pour accéder à une nouvelle séquence. Chaque phénakistiscope vous donne aussi accès à des contenus complémentaires relatifs à chaque séquence.

VOUS POUVEZ AUSSI VOIR

Château d’eau est une oeuvre dont le processus de création a participé au même titre que sa forme finale à son propos : questionner les transformations d’un quartier et soutenir, susciter ou rendre visible l’implication des habitants dans leur milieu de vie. Pendant plus de 5 ans, nous avons donc multiplié les rencontres et les occasions de faire des choses avec les habitants.

Sans être exhaustif, voici quelques-unes de nos réalisations :

Nous avons créé une installation vidéo pour l’espace public qui présente les performances filmées et donne à entendre un petit documentaire sonore de quelques minutes – 4 écrans et un point d’écoute sonore dans 5 structures autoportées en bois et toile pvc blanche de l’agence d’architecture Collectif 14. Cette installation a été montrée lors de divers événements publics à Montreuil en 2013 et 2014
(fêtes de quartier, Portes ouvertes des ateliers du Bel Air, inauguration de la nouvelle place centrale et de l’œuvre ..)
Les vidéos des performance sont disponibles dans leur intégralité ici

Trou de mémoire, 36 min, vidéo, couleur © 2014
Trou de mémoire est une série de portraits vidéos réalisés avec les habitants du quartier Bel Air – Grands-Pêchers. Dans ces portraits, les gens ferment les yeux et vous racontent le souvenir d’un lieu. Cet endroit n’existe plus que dans la mémoire de celui qui nous parle et dans l’image figée d’une photographie ancienne retrouvée. Entre la voix et le souvenir, la vidéo montre le même lieu aujourd’hui. Collectifs ou solitaires, ces portraits ne saisissent eux- mêmes qu’un moment éphémère de la ville en transformation. Ils sont donc aussi une invitation à prendre le temps de regarder ensemble les mouvements du paysage.

Mama Benz, 3'12 ; Diffusée sur France 3 – production « Un Monde Meilleur »
Au Bel Air – Grands-Pêchers, à Montreuil, un commando nocturne accroche des balançoires sauvages dans les arbres d'un terrain vague, à l'emplacement même d'un ancien square disparu dans les travaux de rénovation du quartier. Le lendemain, les habitants découvrent les installations et la fête commence.

Danse en chœur , 6'42 - vidéo danse réalisée avec une classe de CE2 de l'école élémentaire Anatole France pendant toute l’année 2014-2015

Des mains et des pieds – 16’35 – vidéo danse réalisée avec Hélène Coeur et les résidents de la Résidence des Beaumonts (EHPAD)

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Château d'eau

Bel Air - Grands-Pêchers,
quatre années de rénovation urbaine

AUTEUR.E.S
Roselyne Burger et Abdelatif Belhaj

REALISATEUR
Abdelatif Belhaj

CREATION WEB
Conception interactive, développement et design graphique
Pierre Tandille

PRODUCTION
Une production de Plexus
avec le soutien du Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC), du Prus - Montreuil, de la Ville de Montreuil, d'Osica, de la Fondation de France et du Polygone étoilé (Marseille)

PARTENAIRES
Ont contribué aux recherches relatives à Château-d'eau par leur soutien à Chatodozine :
le Fonds de dotation InPACT - Initiative pour le partage culturel, la Drac-Ile-de-France, le Fonds d'expérimentation pour la Jeunesse mis en oeuvre par le Ministère pour la Jeunesse

ARCHIVES PHOTOGRAPHIQUES
Le musée de l'histoire vivante - Montreuil - Fonds Photographique Daniel Tamanini (1935 - 2001)
et les photographies personnelles de Monsieur et Madame Creti, Gilbert Houdinet, Jacques Sarazin, Lolita Bourdet, Gilles Delbos, Blaise Rembauville

LES PARTICIPANTS
Les habitants du quartier Bel Air - Grands-Pêchers et plus particulièrement :
Lucienne Houdinet, Bernadette Anouchian, Jean Claude Pallard, Jacques Sarazin, Marie Pierre , Dan Charles Dahan, Aziza Konaté, Roselyne Burger, Danielle Goldsztejn, Mme Filizardo, Gaye Soumaré, Boubaker Konaté, Enola Soumaré.
Les habitants - performeurs : Hélène Bayard, Marie-Reine Bogui, Laurence Chave, Meclès Cretu, Nianima Fofana, Akiko Hoshina
Et les performeurs invités : Robin Auneau, Gero Erny
Et aussi Antoine Soulier-Thomazeau et Gwenaëlle d’Aboville pour les entretiens complémentaires.

ÉQUIPE DE TOURNAGE
Le tournage de Château d'eau s'est étendu de 2012 à 2015. Ce temps long et la multiplicité des contextes expliquent les nombreuses participations et les équipes à géométrie variable qui ont donné naissance à cette oeuvre.

Caméra
Abdelatif Belhaj
Sophie Zarifian & Zain El Messalamy (pour la performance de Mecles),

Prise de son
Roselyne Burger
Guillaume Bretagnolle
Chloé Sanchez
Dan Charles Dahan
Grégory Cohen
Abdelatif Belhaj

Composition musicale
Xavier Collet (sur la chorégraphie de Nianima Foufana - film square Beethoven)

Montage
Abdelatif Belhaj

Mixage
Bertrand Wolf

Assistant Mixage
Clément Toumit

Etalonnage
Mathieu Weil

Traduction anglaise
en cours

Hébergement
ovh.net

REMERCIEMENTS (par ordre alphabétique)
Gwenaëlle d’Aboville, Ville Ouverte, prestataire AMO PSL
Pascal Ghariani, directeur du Centre social
Abdelkader Guerroudj, Responsable de l’Antenne Vie de Quartier
Olivia Leclercq, Responsable de projet OSICA
Mélissa Makni, Responsable Espace Info PRUS
Alice MONTEIRO, Antenne de quartier
Mamadou Niakaté, commerçant 

Antoine Soulier-Thomazeau, Chef de projet PRUS de Montreuil
Amandine VERMERSCH, Antenne de quartier

ainsi qu’à toutes et tous les participant.e.s de Château d’eau qui nous ont ouvert leur cœur, leurs histoires, leur archives, leurs maisons et ont accepté de nous donner de leur temps.