Château d'eau

Bel-air — Grand pêchers,
Cinq années de rénovation urbaine

Un webdocumentaire de Abdelatif Belhaj.

Château d’eau est un web-documentaire qui propose aux internautes de s’immerger dans un quartier populaire de Seine-Saint-Denis en pleine rénovation urbaine et de s’interroger avec ses habitants sur l’exercice de la démocratie participative. Il est une invitation à expérimenter la ville et à mettre en jeu les utopies et les croyances qui animent les transformations actuelles du monde urbain.

Château d'eau

Bel-air — Grand pêchers,
Cinq années de rénovation urbaine

Barre Messager

▶ 15'20


Scier un immeuble en deux n'est pas banal, surtout lorsque les ruines emportent avec elles les souvenirs imperceptibles des vies passées dans ces lieux.


Compléments

Centre commercial

▶ 16'53


Il s'agit de faire place nette pour les nouveaux habitants. Le Franprix est démonté et les gestes souples des ouvriers au travail tracent les premières esquisses de cette autre histoire à venir.


Compléments

Château d'eau

▶ 15'53


Le château d'eau domine tout le quartier, sa tête démesurée posée sur des pilotis de béton. Du haut de sa majestueuse inutilité, il déclenche fantasmes et controverses. Cette fascination s'empare aussi de Claude Lévêque qui en fera le support de son oeuvre lumineuse Modern Dance.


Compléments

  • Information ? Concertation ?
    ▶ 5'20

    Le faux-texte est, en imprimerie, un texte de signification latine. Le seul objectif du faux-texte est de calibrer le contenu d'une page par du texte.

  • La concertation, c'était de l'information...
  • Concertation ? Participation ?

Marre Bris

▶ 16'56


Dans son écrin de verdure, la marre Bris garde ses secrets. Jusqu'au jour où les grilles tombent et où les élagueurs viennent troubler sa surface paisible.


Compléments

Square Beethoven

▶ 19'02


Ce square Beethoven fait "avec et pour les habitants", cette fois-ci, ces derniers veulent y croire. Personne ne leur coupera la parole. L'avenir de cet îlot de terre libre sauvé de la voracité du béton et des constructions alentours leur appartient.


Compléments

  • Un square avec et pour les habitants
    ▶ ?'??

Centre social

▶ 20'42


Les habitants espèrent depuis longtemps avoir un lieu pour se réunir. L'arrivée annoncée de la Maison du Grand Air réalisera-t-elle enfin ce rêve ?


Compléments

Château d'eau

Bel-air — Grand pêchers,
Cinq années de rénovation urbaine

Texte à propos des performances.

  • Laurence ▶ 5'30

    Improvisation au marimba — Terrain de l’ancienne galerie commerciale – rue Lenain de Tillemont

    J’ai rencontré Laurence lors des portes ouvertes de nos ateliers en octobre 2012. Elle s’était installée sous l’escalier extérieur avec son immense marimba afin d’avoir une meilleure accoustique et d’être protégée de la pluie. Elle interprétait une pièce d’un compositeur contemporain. Sa silhouette menue dansait littéralement autour de l’instrument pour en sortir toute une gamme de sons enivrants.
    Elle a donc été la première artiste invitée à expérimenter ma proposition : une performance menée sur un terrain laissé vacant entre une destruction et une reconstruction. Je convie l’artiste à ressentir l’espace vide et à l’habiter le temps d’une traversée.
    Le terrain en question est celui d’une ancienne galerie commerciale avec pour seul rescapé un magasin Franprix. Celui-ci n’a pas tardé à être transféré ailleurs et l’ensemble des bâtiments détruits. Dans quelques mois, une nouvelle galerie commerciale et des résidences sortiront de terre. Entre l’hiver 2012 et juillet 2013, la terre est libre.

    Le terrain est d’abord plane et nous nous installons sous un arbre. Mais bientôt le terrain est creusé pour les fondations et l’eau rejaillit à la surface, créant un décor lunaire. Laurence habite le quartier, elle accepte un 2eme tournage en juillet.

    Petite leçon pour transporter un marimba :
    — être très fort, patient, ingénieux et éviter les habitations avec escalier

  • Akiko ▶ 5'00

    Installation, chant — Terrain des anciens Duplex – rue Yélimane
    « Goron, goron, goron »
    Céramique : grès, technique : colombin

    L’histoire des Gorons a commencé en 2002 au Japon. Akiko disperse dans tout un jardin, puis dans le parc d’Ibalagi, des céramiques blanches et rondes de grandes tailles. Très simples, ces Gorons intriguent et stimulent l’imaginaire des gens qui sont amenés à s’en approcher et à se relier ainsi à la nature. Transportés d’une exposition à l’autre, les Gorons prennent vie et deviennent des petites créatures sensibles à leur environnement. Ils deviennent des compagnons de voyage de l’artiste qui les met en scène dans divers contextes tout au long de son parcours. Arrivée en France, Akiko présente une dernière version des Gorons pour une exposition à la Cité des Arts à Paris en 2007. Ces Gorons sont de taille différente et certains sont très imposants.

    En 2013, Akiko aménage dans les Ateliers d’artistes du Bel Air. Ce déplacement est un profond changement pour l’artiste qui perçoit cette période comme un temps de réflexion et de retour sur ses recherches artistiques depuis son départ du Japon. Quand je lui parle de la performance, elle m’exprime le lien qu’elle retrouve entre son histoire présente et celle de ces terrains en friche, à la fois au repos et dans un processus de métamorphose. Je lui propose de refaire vivre ses Gorons et d’habiter le terrain en les disposant dans l’espace. Elle chante une berceuse pour les enfants « Kagomé Kagomé » (« Tourne, tourne »)

    Petite annotation sur les Gorons :
    — Lorsque l’on dépose ou déplace un goron sur le gravier, la céramique résonne et produit un son mystérieux très doux.

  • Meclès ▶ 5'30

    MECLÈS CRETU
    Danse tzigane — Terrain de l’ancien n°22 impasse Messager

    J’ai vu Meclès danser pour la première fois l’année dernière lors d’un concert de la fanfare Ciocarlia, venus de l’Est de la Roumanie. Le retrouver a nécessité une petite enquête avant de découvrir qu’il vivait à deux pas des Ateliers, dans le camp de Roms de la rue Pierre de Montreuil. Le camp est à la lisière du Bel Air, dans le périmètre déjà appelé « Signac – Murs à Pêche ». Les « Murs à pêches », une succession de parcelles agricoles imbriquées dans le tissus urbain, semblaient à des kilomètres du Bel Air. Une barre d’environ 250 mètres de long avec un coude à 90 degrés pour 6 autres rangées de fenêtres, s’élevait comme une muraille entre les deux territoires.
    Deux percées au numéro 12 et au numéro 22 ont séparé l’édifice en 3 îlots. Deux nouvelles rues se préparent.

    Meclès a 18 ans. La danse qu’il pratique, dite selon lui « danse tzigane », est un savant mélange de claquement de doigts et de mains, de mouvement de jambes saccadés et de frappés de pieds sur des rythmes complexes. Le n°22 était le plus proche du camp Rom, c’est pour cela que je l’y ai invité. Des musiques, Meclès en avait une quantité. Tout l’enjeux était d’imaginer où brancher l’installation qu’ il apporterait – un lecteur cd et deux enceintes. L’aide complice d’un voisin nous a fournit rallonge et point de branchement. La terre meuble du sol absorbait les pas. Une longue planche de chantier deviendrait donc notre parquet de danse.

    Au moment où nous prenons possession du terrain, l’ouverture est toute récente. Les arbres de part en part se regardent étonnés.

    — PERCER v. tr. Traverser en faisant un trou, une ouverture. Percer une planche, un morceau de bois. Percer un mur. Percer un isthme, une montagne. Percer une forêt. Percer de part en part. Percer d’outre en outre. Percer à jour. Son intention perce à travers son silence La vérité perce tôt ou tard. Le jour perce à travers les rideaux. (extrait – dictionnaire de l’académie française)

  • Hélène ▶ 5'30

    Compagnie l’arbre sec
    Lecture et marche — futur terrain de la Maison de Quartier – rue du Bel Air
    Texte : Le crapaud de la mare à Pinard

    Il était entouré de petites barrières en métal vertes, mais certains pans manquaient, ce qui nous permettait de le traverser facilement. On y comptait 3 arbres – des cerisiers décoratifs –, 2 saules pleureurs et un bosquet épais. En octobre 2012, il avait déjà commencé sa métamorphose. D’étranges tracés ont dessiné sur le sol une scénographie minimaliste, donnant à la parcelle un air de reconstitution de scène de crime. Sur des ballons gonflés à l’hélium, on pouvait lire « cuisine pédagogique », « couloir », « salle polyvalente », « bureau ». Après cela, la parcelle semblait garder en transparence le bâtiment futur en attente d’être construit.

    C’est en catastrophe que j’ai appelé Hélène un matin. Ça y est, ils coupent les arbres ! Nous ne pourront bientôt plus accéder au terrain ! Ni une ni deux, Hélène, habitant à quelques rues de là, arrive avec son grand manteau sombre et son chapeau de corsaire.

    Hélène dirige la compagnie de théâtre l’Arbre Sec. Elle écrit aussi des textes et son style littéraire colle à l’époque qu’elle choisit d’explorer. Elle puise dans le réel les ingrédients de ses fictions. Dans « Le crapaud de la mare à Pinard », il est question du château de Tillemont, du coteau des Beaumonts, d’un après-midi de 1668, d’une bonne tripaille qui se prépare et de crapauds magiques. Il y est aussi question de souhait, d’identité et de transformation. On n’entendra que les premières lignes. L’histoire se continue en silence, dans l’intimité des arbres coupés.

    — Notes sur les arbres
    Des cavités se forment naturellement chez de nombreuses essences d’arbres. Lorsque l’eau s’infiltre de l’extérieur d’une fait d’une mauvaise coupe ou d’une branche emportée, le coeur commence alors à moisir. Des morceaux de bois creux moisis font de très beaux pots de fleurs.

  • Robin ▶ 5'30

    Robin Auneau - Cirque Ozigno, Cirque électrique et autres cirques

    Hula hoop et équilibres — Château d’eau – futur emplacement de la place publique – croisement de la rue du Bel Air et de la rue Lenain de Tillemont.

    C’est un château d’eau. C’est du moins le nom qu’on lui donne ici, bien qu’il soit assez éloigné d’une quelconque magnificence princière et qu’il ne contient pas d’eau. Le long de l’escalier central qui serpente jusqu’au sommet, les pas font crisser les os séchés des pigeons morts et les semelles s’enfoncent dans les strates accumulées de fiantes. En haut pourtant, tout bascule. Une petite porte blanche ouvre sur un dôme herbu balayé par le vent. Circulaire, cette petite colline ressemble à un astre échevelé flottant entre ciel et terre. De là-haut, le regard à 360° s’ouvre sur l’horizon trouble de l’urbanité irrégulière. On est alors saisi par l’ivresse de l’alpiniste sur sa montagne ou du visiteur clandestin dans un palais abandonné.

    Lorsqu’il est construit en 1936, il devait surplomber les parcelles de cultures fruitières qui s’étalaient sur l’ensemble du plateau des Malassis. L’enquête ne dit pas qui l’a construit, ni s’il arrivait à lancer suffisamment de pression dans toutes les arrivées d’eau des habitations qui ont progressivement remplacé les terres agricoles. Il semble juste évident aujourd’hui que la concentration des immeubles rend dérisoire ce réservoir d’eau surélevé. Mais alors, à quoi peut-il bien servir ?
    En 2003, ils ont dit « on le ferme ! »
    En 2003, d’autres ont dit « on vous le reprend pour 1€ » et ils ont ajouté « c’est entendu on le détruit »
    En 2008, d’autres s’insurgent « pas question de le détruire, il est notre pile thermique du futur »
    En 2010, d’autres rectifient « c’est un peu compliqué cette pile, on réfléchit »

    Et à partir de là, tout une chorale de voix se fait entendre.
    « On veut un restaurant
    Au secour, quelle laideur, rasez-le !
    Pour venir chez moi, c’est au château d’eau à droite
    Vous préférez du minéral ou du végétal ?
    Tout est choisi à l’avance
    Il y a des pistes
    On ne vient pas avec un dessin figé
    C’est un peu la campagne
    On entend le coq
    On pourrait mettre des oies
    Mais si on met des oies, il y a des gens, ce serait problématique
    Il y a aussi des lapins, mais c’est une autre histoire
    Comment imaginer donner du sens à ce lieu ?
    On pourra faire des barbecues sur cette place publique ?
    C’est une belle piste de danse !
    Quand on éclaire quelque chose, ce qui est important est ce qui est à côté »

    En attendant la place publique, les bancs, les bosquets et le château d’eau en œuvre d’art, je négocie les clefs et je m’infiltre dans ce qui est devenu mon paradis éphémère. Ici, tout tourne, l’énergie entre les pieds de bétons, les ombres au fil de la journée, les escaliers en colimaçons, l’échos des voix qui dialoguent, la vue panoramique et le vent du sommet. Robin n’habite pas ici. Il travaille dans un cirque. Il vit sur les routes. Il n’a pas peur du vide. C’est un virtuose du hula hoop. Ses cerceaux narguent notre sérieux et nos polémiques. Dans tous ces bruits de machines, il réinvente la gravité, renverse nos certitudes et rend hommage à notre liberté d’imaginer.

  • Les Mamas Benz ▶ 5'30

    Balançoires — arbres du square Beethoven – futur emplacement de nouveaux logements privés et d’un square rénové

    On a du mal à se souvenir de l’ancien square Beethoven, entouré de duplex aux petits jardins verdoyants. A la place, un terrain vague transformé en parking et cette langue de terre laissée libre avec d’immenses platanes. Au sol, un mystérieux cercle de terre et un rectangle de béton lisse. Des feuilles mortes car c’est l’automne et un petit chemin qui longe l’immeuble de « 9 étages « . Ici et là, des poubelles se sont nichées entre les sacs de gravas laissés par les chantiers. Il n’est pas nécessaire d’attendre le revêtement en granule de caoutchouc aggloméré ni les toboggans rouges et verts. Il n’est pas non plus essentiel de faire une réunion. Cet endroit a quelque chose de magique et il serait bien stupide de le laisser à l’abandon.

    Un jour, j’ai reçu un message. Il était question d’une intervention nocturne et anonyme. Les Mama Benz tenaient à garder leurs visages dissimulés, mais l’aventure devait faire partie de « Château d’eau ». Trop curieux, j’ai mordu à l’hameçon.

    Une nuit, armées d’échelles et de cordes, la voix étouffée par cagoules et turbans, les Mama Benz accrochent leurs créations dans les arbres. Avec la lumière de ma caméra, je perçois surtout des ombres et parfois l’éclat de la corde en nylon orange. Les Mama Benz empilent aussi des palettes dans un coin et disposent un banc déjà construit à côté du cercle. Dans la nuit des voix s’élèvent. Probablement insomniacs, des voisins nous regardent curieux. « Ce bac à sable-là, ça fait 10 ans qu’il est desséché ». Une femme avec son chien s’inquiète des lapins : « il faudrait dire au gouvernement de faire des cages à lapins ».

    Le lendemain, de magnifiques balançoires s’agitent nonchalamment dans le vent. Normalement désert, le terrain est assailli d’enfants et d’adolescents rigolards et émerveillés. Le temps est clair, parfait pour un barbecue. C’est en tout cas l’idée qui flotte dans l’air et les jeunes prennent les choses en main. Ils ramènent le barbecue, d’autres des merguez et du pain. Un sac de friandises est lancé du 7eme étage par une vieille femme à l’attention des enfants. Sabrina ramène le thé et du café. A côté des palettes, scies, visses et marteaux sont apparus. Un atelier de construction se met en place. Progressivement, naissent un autre banc et une table. Il n’y pas de pancarte indiquant l’âge requis pour utiliser les nouvelles constructions. Des grappes de jeunes et moins jeunes accrochées à chacune des cordes des balançoires tanguent sous l’oeil amusés de parents. Des concours de sauts s’organisent. Le dimanche soir nous surprend tous. Le temps semblait s’être arrêté cette après-midi là.

  • Nianima Fofana ▶ 5'30

    Danse New style — square Beethoven – futur emplacement de 74 nouveaux logements et d’un square rénové

    Nianima est silencieuse. Son langage est celui du corps. Je l’ai rencontrée pour la première fois en 2011. Sa chorégraphie endiablée, si singulière, irradiait. Il y avait quelque chose qui m’échappait dans la façon dont elle ondulait au rythme d’un Hip-Hop rendu indistinct par des enceintes poussées à bloc. Deux ans plus tard, alors que j’arrive enfin à la retrouver après un jeu de piste de plusieurs mois, elle m’explique que sa danse est le « New style ». Son nom vient de la contraction du « New York style ». C’est un style hétéroclite où chacun peut s’exprimer à sa façon, mélangeant pop, lock, break, danse africaine, krump ou tout autre mouvement de son inspiration. S’il faut absolument maîtriser les techniques de base du Hip-Hop, il s’agit d’y apporter sa touche personnelle et Nianima s’y entend.

    Enfant, Nianima découvre pour la première fois la danse de Demba Sissoko à l’occasion de la fête du parc Montreau. Elle est absolument fascinée et elle le rejoint au C.L.E.C, la salle de danse située au cœur de la cité des Grands-Pêchers où Demba enseigne. « Les anciens », comme elle les appelle, lui ont transmis leur passion. A 13 ans, avec d’autres danseurs de son âge, elle rejoint le groupe From the Hood. Aujourd’hui, Nianima a 18 ans et se concentre sur ses études. En même temps, elle rêve de retrouver une nouvelle compagnie.

    Nianima n’a peur de rien. Venir répéter dans l’Atelier A11 sous l’oeil de ma caméra, conseiller le compositeur chargé de lui créer une musique sur mesure et finalement prendre place sous les arbres du square Beethoven pour danser sous les fenêtres des habitants du Bel Air, pas un froncement de sourcils. Le square Beethoven n’a ni barrières, ni zones délimitées entre les traditionnels jeux pour enfants, bancs, allées, carrés de gazon…. Il s’étend d’un bout à l’autre de la rue Yélimané et borde une longue barre d’immeuble mangée par les arbres. Un des rares espaces encore en suspend dans ce plan d’occupation des sols millimétré. Sur un rectangle de béton plane, que nous balayons pour l’occasion, Nianima exulte. La musique s’élève des enceintes branchées chez un voisin du rez-de-chaussé et posées dans l’herbe. Les frères et sœurs de Nianima viendront aussi, ajouter leur grâce à cette chorégraphie improvisée.

  • Marie-reine et Géro ▶ 5'30

    Chant gospel et saxophone ténor — La mare – futur emplacement de la place centrale du château d’eau

    Swing low, sweet chariot – Balance toi doucement, doux chariot -. Une voix ample s’élève au-dessus des arbres. Marie-Reine chante un chant négro-spirituel qui vient des Etats-Unis. Autour d’elle, la végétation se désintègre en une masse verte envoutante. Son claquement de doigts lance un swing ; au loin, de l’autre côté de l’eau, la réponse d’un saxophone.

    À une autre époque, en hiver, des dizaines d’ouvriers glissaient sur la mare gelée, chaussés de leurs patins à glace. Ils venaient aussi y pic-niquer les jours de soleil. Cette mare de refroidissement de plomb appartenait à la « grosse forge » Bris et Thomasset. Créée en 1927 sur une partie du domaine Le nain de Tillemont, elle emploie jusqu’à 70 ouvriers avant sa fermeture en 1984. Elle se spécialise dans la marine marchande et la marine de guerre. La journée, des camions rentraient et sortaient avec des pièces d’armement et du matériel militaire. Lucienne les voyait passer sous sa fenêtre et pouvait distinguer leurs chargements. Elle rajoute fièrement : « C’est ici aussi qu’a été construite l’antenne de transmission du célèbre navire Le France », le plus gros paquebot du monde qui relira l’Europe au nouveau monde à partir de 1962. Lorsque la cuve à mazout de l’usine explose dans les années 70, Lucienne se souvient que toutes les vitres de son logement et des immeubles voisins avaient volé en éclat.

    La mare ressemble à un bassin en pierre abandonné, encerclé de grilles et mangé par la végétation. Figée dans son histoire, oubliée des hommes, elle est devenue le royaume des oiseaux. C’est un véritable concert qui berce les habitants des 9 étages. Y pénétrer est comme s’introduire dans un monde magique, hors du temps et hors de la ville. Depuis quelques temps, on connait le sort qui lui est promis : retour à l’espace public, à l’exception d’un petit espace sanctuarisé pour la biodiversité et réservé aux projets pédagogiques. L’émotion s’attache surtout aux arbres.

    Pourquoi couper autant d’arbres ?
    Ils sont malades
    Nous allons en planter plus !
    Mais de quoi sont-ils malades ?
    Sont-ils tous malades ?
    Ouvrir cet endroit s’est lui réserver un sort de poubelle
    Ils vous gênent, vous les coupez et vous les remplacez par une espèce qui vous gêne moins
    Ah mais ça va trainer par ici
    Il paraît qu’on pourra y pêcher !
    Avec des lumières tamisées multicolores,
    C’est fini, c’est fini, les oiseaux
    Et on pourra faire des barbecues ?

    Marie-Reine est chanteuse lyrique. Elle habite au Bel Air et vient chanter plusieurs fois dans mon atelier. La voix de Marie-Reine est d’une telle puissance que mon corps résonne encore après qu’elle s’est tue. Géro joue du saxophone ténor, du funk jazz. Ce thème universel Swing low, sweet chariot, repris par de nombreux musiciens, sera le lieu de leur rencontre musicale. Entre les arbres, leurs chants s’alternent et tissent un dialogue sensuel inattendu.

    – Petit réservoir de mots pour le futur de la mare :

    promenade
    platelage bois
    filtre à roseaux
    zone plantée
    banc
    trottoir
    grands pontons
    zone refuge
    belvédère
    petit ponton un peu à l’écart
    vue miroir d’eau
    banquette plantée et garde corps
    vis d’Archimède
    éolienne de pompage
    banquette plantée épuratrice
    arbre remarquable
    tunage et transat

Château d'eau

Bel-air — Grand pêchers,
Cinq années de rénovation urbaine

Chatodozine

Dans les coulisses du web documentaire : un journal écrit par des jeunes de Montreuil, âgés de 16 à 20 ans. Avec le dessin, la photographie, la vidéo et le son, les auteurs livrent des récits intimes sur ce qui, dans leur quotidien, les brûlent, les révoltent ou au contraire les inspirent dans leur vie.

www.chatodozine.net

Château d'eau

Bel-air — Grand pêchers,
Cinq années de rénovation urbaine

QU'EST CE QUE C'EST ?

Château d'eau est une expérience documentaire pour le web.
Six vidéos documentaires sont accessibles par l'intermédiaire de six phénakistiscopes animés. Le résultat est un film aléatoire qui vous emmène dans les plis de cinq années de rénovations urbaines du quartier Bel Air - Grands-Pêchers à Montreuil-sous-Bois.
Le phénakistiscope est un jouet optique donnant l'illusion du mouvement attribué à la persistance rétinienne. Chacun des phénakistiscope insuffle un message à l'internaute et lui donne une première clef pour rentrer dans le film. Il opère aussi comme un pictogramme animé de la séquence filmée. Par son mouvement circulaire, et sa cohabitation avec 5 autres disques sur la page d'accueil, il interroge aussi les mécanismes de la construction de la ville et renvoient à l'incessante répétition des questions que cette dernière pose.

FONCTIONNEMENT

Une fois passé l'introduction, choisissez un phénakisticope de manière aléatoire et découvrez le film d'une longueur allant de 15 à 21 minutes. Vous devrez à chaque repasser par les 6 phénakistiscopes pour accéder à une nouvelle séquence.
Chaque phénakistiscope vous donne aussi accès à des contenus complémentaires (photographiques, vidéos ou sonore) relatifs à chaque séquence.

MOT DES AUTEUR.E.S

Château d’eau est une plongé dans quatre années de chantiers gigantesques (2012-2015) qui vont changer en profondeur le visage du quartier Bel Air – Grands-Pêchers, un quartier dans les hauteurs de Montreuil. Hier stigmatisé et craint, il semble devenir la promesse de la ville de demain, innovante et belle. « Un quartier pour et par ses habitants » pourrait-on résumer. Pourtant, les habitants, eux, s’interrogent sur leur rôle. Comment peuvent-ils contribuer au devenir de ce territoire, dont les panneaux d’information et publicitaires étalent les perspectives ?

A notre arrivée en 2011 dans les ateliers d’artistes nouvellement construits par la ville, c’est une question que nous avons eu envie de partager avec les habitants du Bel Air – Grands-Pêchers. Sommes-nous les figurants dociles d’un scénario écrit par d’autres ou avons-nous les moyens d’y prendre part ?

Château d’eau réunit artistes performeurs et habitants dans une aventure qui confrontent les expériences, les points de vue et les croyances de chacun sur la ville, sur le fait d’habiter un endroit et d’y être un citoyen engagé. Pendant quatre ans nous les sollicitons sans relâche : ils nous racontent, ils nous livrent leurs photos, ils sont les acteurs de nos performances, ils nous donnent accès à nos lieux de tournage, ils nous tolèrent dans leurs débats, ils nous invitent ou nous évitent. Château d'eau leur rend ainsi hommage avec ses six récits ancrés dans les espaces emblématiques de ces rencontres et de ces expériences partagées.

Château d’eau suit aussi le fil d’une intrigue qui invente son propre cheminement dans le temps et dans l’espace et éveille au bonheur de créer ensemble avec nos différences. Cette intrigue prend comme point de départ le château d’eau, le vrai, avec sa tête démesurée sur pilotis. Construit dans les années 30, il fait figure de vestige archéologique. Il sera l’édifice central d’une nouvelle place publique . Il est notre poste d’observation privilégié et en quelque sorte notre totem.

VOUS POUVEZ AUSSI VOIR
"Square Beethoven" a été sélectionné par France Télévision ....
Château d'eau est aussi une installation vidéo

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Château d'eau

Bel-air — Grand pêchers,
Cinq années de rénovation urbaine

AUTEUR.E.S
Roselyne Burger et Abdelatif Belhaj

REALISATEUR
Abdelatif Belhaj

PRODUCTION
Une production de Plexus
avec le soutien du Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC), du Prus - Montreuil, de la Ville de Montreuil, d'Osica

PARTENAIRES
Ont contribué aux recherches et à la réalisation de Château-d'eau par leur soutien à Chatodozine :
le Fonds de dotation InPACT - Initiative pour le partage culturel, la Drac-Ile-de-France, le Fonds d'expérimentation pour la Jeunesse mis en oeuvre par le Ministère pour la Jeunesse

Source archives photographiques
Le musée de l'histoire vivante - Montreuil - fonds Tamanini
Lucienne & Gilbert Houdinet, Monsieur et Madame Créti, ...

ÉQUIPE DE TOURNAGE
Le tournage de Château d'eau s'est étendu de 2012 à 2015. Ce temps long et la multiplicité des contextes expliquent les nombreuses participations et les équipes à géométrie variable qui ont donné naissance à cette oeuvre.

Caméra
Abdelatif Belhaj
Sophie Zarifian & Zain El Messalamy (pour la performance de Mecles),

Prise de son
Guillaume Bretagnolle
Roselyne Burger
Chloé Bourret
Dan Charles Dahan (pour la performance de XXX)

Composition musicale
Xavier Collet (sur la chorégraphie de Nianima Foufana - film square Beethoven)

Participations par film :

Château d'eau
Claude Lévêque
Romain

Marre Bris
Marie-Reine
Géro
...
Square Beethoven
...
Centre social
...
Barre Messager
...
Centre commercial
...

Montage
Abdelatif Belhaj

Étalonnage & Mixage son

CREATION WEB
Conception interactive, développement et design graphique
Pierre Tandille -

Traduction anglaise
en cours

Hébergement
ovh.net

REMERCIEMENTS